Voici le film culte Giorgino ! Film culte parce que magnifique, mais boudé par le grand public et une partie de la presse. Personnellement j'ai adoré l'atmosphère du film de Laurent Boutonnat et Mylène y joue merveilleusement son rôle de femme-enfant perturbée. Mais il faut se rendre à l'évidence, nous ne reverrons pas de si tôt Mylène au cinéma... Et pour ceux qui l'avait ratée en salle, la sortie du DVD vient d'être annoncée pour le 4 Décembre 2007 soit plus de 13 ans après sa sortie en salle !!! Je vais donc (avec l'aide de Marylise, Marie-Laure et Jenny) vous faire (re)découvrir ce film !



Film Français de Laurent Boutonnat (1994 - durée 184 mn).
Avec Jeff Dalhgren, Mylène Farmer, Joss Ackland, Louise Fletcher, Frances Barber et Jean-Pierre Aumont.
Sorti le 5 Octobre 1994, le film n'est resté à l'affiche que 4 semaines et n'a pas totalisé plus de 60 000 entrées.

C'est un véritable flop qui va traumatiser ses créateurs.
Mylène est triste, Boutonnat incompris et vexé, il ne réalisera plus les clips de sa muse pendant près de 10 ans.

Le film, diffusé uniquement sur Canal + ne sortira en vidéo miraculeusement en décembre 2007 soit près de 13 ans après sa sortie en salle... l'échec étant sans doute trop humiliant. Heureusement, côté musique, les fans furent servis avec la sortie d'un superbe coffret édition limitée de l'excellente Bande Originale.



Scénario :

Il est des histoires dont personne ne souhaite être le héros...


1918. Blessé, le jeune docteur Giorgio Volli est rendu à la vie civile et part aussitôt retrouver le groupe d’enfants dont il s’occupait avant la guerre.

Il arrive dans une région perdue aux habitants hostiles et ne trouve qu’un vieil orphelinat vide : les enfants ont disparu dans des conditions mystérieuses.

Terrifié et anéanti par ce qu'il apprend, Giorgio fait alors la rencontre de Catherine, une étrange jeune fille dont il s'éprend…



Les acteurs

Jeff Dalhgren Mylène Farmer Joss Ackland Louise Fletcher Frances Barber Jean-Pierre Aumont



Giorgino : analyse (par Marylise et Marie-Laure)



L'Atmosphère

L'image se fige, et même si c'est de façon presque inattendue, on sait que c'est fini, que le film s'arrête là. Avant même de faire un quelconque commentaire, la première chose qui retentit dans la pièce sombre est un soupir. Long, et lourd de soulagement. Le coeur reprend un rythme normal, la respiration se débloque, et tout le corps se détend à travers ce seul soupir.

On sait alors ce qui nous marquera le plus et qui nous fera longtemps repenser à Giorgino. L'angoisse, la tension, l'atmosphère oppressante qui nous tient en haleine durant tout le film, malgré les quelques longueurs et la durée inhabituelle. C'est ce qui ressort avant tout. Cette intensité qui prend à la gorge et ne lâchera prise que plusieurs heures plus tard.

Il faut dire que tout est fait pour entraîner le spectateur même le plus réticent. Les images, tout d'abord, sont splendides. Obscures, angoissantes, ou belles tout simplement, étudiées jusque dans le moindre détail. Un univers farmerien, sans aucun doute, avec le cimetière de Regrets, les plaines neigeuses de Tristana, qui s'étendent à l'infinie, la mort, la maladie, la folie. Difficile de ne pas reconnaître la griffe de Laurent Boutonnat !

Mais plus que les paysages, ce qui rend le film si intense, et ce qui est encore plus propre à Laurent, c'est bien sûr la musique. La bande originale de Giorgino, qui dégage une atmosphère dérangeante. Soignée, d'une beauté sombre et mélancolique, d'une sobriété touchante. Elle reste ce qui définit le mieux l'histoire de Giorgio et de Catherine, de ce petit village perdu et de ses habitantes étranges et inquiétantes.





L'Essence du film

Giorgino est un film surprenant et totalement à part, dès le début. Dès la première image, en fait. Quand on met la cassette dans le magnétoscope, s'attend-on en effet à voir apparaître le visage sérieux et attentif d'un petit garçon ? S'attend-on à ce plan pour le moins déroutant ? Plan qui finit par se déplacer, pour nous montrer le visage de Giorgio, en une prise qui fait ressortir la complicité évidente qui naît sous nos yeux entre l'homme et l'enfant. Bien sûr, ce n'est pas innocent. C'est une manière de poser dès les premières secondes l'un des traits de caractère les plus importants de Giorgio : son amour pour les enfants, qui va le conduire à Chanteloup, et à sa passion pour Catherine.

Première image dans un hôpital, et l'une des dernières vraiment marquantes également dans un hôpital. L'impression que l'histoire a tout simplement fait une boucle. Que la vie de Giorgio a fait une boucle, qui s'amorce quand il croise pour la toute première fois le regard noyé et perdu de Catherine, et qui s'achève par sa mort, quand son corps l'abandonne entre les bras de son amour déchu.
C'est là l'un des points forts du film, qui laisse entendre que la volonté presque indestructible de Giorgio ne peut rien face à la maladie qui, ici, finit par avoir raison de la faiblesse humaine. Et ce qui est tragique, alors, c'est que Giorgio cesse de lutter au moment même où son amour pour Catherine ne rencontre plus aucun obstacle ! Mais pouvait-il en être autrement, venant de Laurent Boutonnat ?

Finalement, d'une manière plutôt ironique, ce sera la maladie mentale, la folie douce de Catherine qui lui sauvera la vie, et ce sera la maladie de Giorgio, comprise de tous, qui lui coûtera la sienne ! On peut se demander si Laurent n'a pas donné volontairement à son film un ton dramatique en faisant mourir Giorgio. Mais quand on réfléchit bien, il est difficile d'imaginer une autre fin. Bien sûr, même si l'histoire d'amour est secondaire dans Giorgino, elle n'en est pas moins primordiale, en tant que trame du film, et surtout parce que l'amour est ce qui va motiver et soutenir Giorgio jusqu'à son dernier souffle ; comme un moteur puissant qui ne s'arrêtera qu'avec les derniers battements de coeur du jeune homme.

Mais la maladie est plus forte que l'amour. Et Giorgio ne pouvait que mourir. Parce que son amour pour Catherine avait quelque chose de bien trop dérangeant, ambiguë, de presque immoral. Parce que Catherine, femme enfant, vit un amour qu'elle ne comprend pas, dans son ignorance de l'amour physique.
En fin de compte, il désire éperdument une femme qui rit encore devant un simple baiser, mais recule quand il lui est destiné ou se fait insistant. Voilà en quoi la fin ne pouvait être autre. Cela fait que c'est une histoire d'amour poignante et impossible, bouleversante et intense, dont la mort est l'aboutissement tragique mais inévitable. Et pourquoi, finalement, "Il est certaines histoires dont personne ne souhaite être le héros."

Parallèlement, un reproche toujours d'actualité ressort de Giorgino. Reproche fait à la société qui, depuis qu'elle existe, tend à détruire systématiquement tout ce qu'elle ne comprend pas, par peur autant que par lâcheté. Et cette incompréhension entraîne inévitablement une violence et un rejet plutôt qu'une aide, qu'une main tendue vers l'autre, aussi différent soit-il. Et qui est la cause même, dans le film, de la mort d'une grande partie de cette société sclérosée. En effet, ce n'est rien d'autre que le rejet cruel des villageoises qui pousse Catherine dans ses derniers retranchements, la mettant hors d'elle et l'incitant à courir dans l'église pour souffler les cierges, dressés là comme symbole de chaque homme parti au combat. Il ne restera qu'une seule flamme. Et un seul homme rentrera des tranchées. Un seul...

Bien sûr, on peut se demander pourquoi Giorgino n'a pas su trouver son public s'il ne présente que peu de défauts pour tant de qualités. A cela, une seule réponse : si Giorgino n'a pas trouvé son public, c'est sans doute simplement parce qu'il est bien trop farmerien, sombre et torturé. Ce côté angoissant, cette façon de flirter avec la folie s'ajoute à la longueur inhabituelle du film pour en faire une oeuvre réservée à un public averti. Mais cela n'enlève rien de la beauté troublante et de l'intensité oppressante de Giorgino.


Laisse le vent emporter tout...



Quelques photos du film...