Analyse (par Jenny)



Introduction

Alors que son premier album met tout particulièrement sa féminité en avant, le premier single extrait du second opus, implique une ambiguïté tant sur le plan sexuel que physique. Tourné en décembre 1987 dans La Hague, non loin de Cherbourg, le tandem FARMER/BOUTONNAT utilise un cirque ambulant et glauque sur une plage triste pour illustrer le tube. Ce clip n'est autre qu'une libre adaptation du célèbre conte " Pinocchio " avec pour seul bémol, une fin moins heureuse que les studios DISNEY…


L'atmosphère du clip

Quelques notes sombres, une marionnette, des applaudissements… on se croirait presque dans une représentation théâtrale. Nous retrouverons, quelques années plus tard, le même style de représentation avec " Optimistique-moi " sauf que l'on passe de l'OMBRE à la LUMIERE ;-)
Rapidement l'atmosphère est dès plus inquiétante et tous les personnages utilisés : Travestis, Clowns, Ballerine, Magicien et Saltimbanques… sont aussi lugubres que le clip.
Parmi la noirceur du décor et celle des âmes tristes accentuées par un maquillage grossier, Boutonnat nous conte l'histoire d'un marionnettiste accompagné d'un morceau de bois articulé. En quelques sortes un compagnon d'infortune avec qu'il partage bonheur, peine et secrets.



Les personnages

Dans le cirque de Boutonnat, nous sommes loin de ceux qui sont riches en couleurs où retentissent des cris de joie. Les personnages grimaçants aux figures blafardes sont agressifs et reflètent la tristesse de vivre. Pourtant et malgré son apparence, un personnage se dénotera du lot : ZOUC. Elle incarne dans le clip une femme se tenant à l'écart du reste de la troupe de saltimbanques. Tout de noir vêtue, au regard fuyant, elle reste fondamentalement seule et ne semble rien partager. Nous verrons que son rôle n'est pas anodin !


Il était une fois...

Le décor est ainsi planté. " Sans contrefaçon " est le numéro d'un marionnettiste ambulant. Alors que sous la pluie, il vient de se faire jeter dehors par des Travestis, on constate de suite que le personnage principal, le créateur de la poupée de bois, est un personnage solitaire. Si solitaire, qu'il voue à sa tendre compagne de bois une affection sans limite. Tout le clip repose alors sur le sort de ces " inséparables ".
Livré à lui-même, il quitte le village et poursuit son chemin sans savoir où aller, où manger, où dormir...Traversant les paysages froids où les épouvantails sont rois et les corbeaux croassent leur douce mélodie inquiétante, notre marionnettiste va faire une curieuse rencontre. Il s'agit d'un cirque ambulant nommé " GIORGINO CIRCUS ". Un nom qui ne nous est pas inconnu ;-)

C'est alors que les regards se croisent et se défient. Seul celui de ZOUC retiendra l'attention. Elle regarde la poupée avec la tendresse d'une mère qui n'a pas bercé d'enfant, et l'on devine un sourire timide sur son visage inquiétant. Elle s'approche et offre sa gamelle au marionnettiste qui accepte.
Une infime complicité voit le jour entre la marionnette et ZOUC. En échange de son repas, elle reçoit l'objet (convoité en secret). L'instant de bonheur est toutefois de courte durée car ses compagnons de route arrachent la poupée de ses mains. ZOUC panique car la petite figure de bois vole autour d'elle et passe de mains en mains...Elle s'écrie à plusieurs reprises " Ma poupée, ma poupée " et parvient à la reprendre pour s'enfuir...

Lorsque le marionnettiste les rejoint, il découvre que l'objet qu'il croyait de bois est en réalité de chair et d'os : une jeune femme !!! On pense donc que ZOUC est une fée.
Subjugué par cette découverte, il s'approche des deux femmes qui jouent et entretiennent presque une relation mère/fille. Surprise, la jeune femme tente de d'enfuir à son tour et trébuche sur le sable fin.

Le marionnettiste l'observe, saisit son visage et tente l'irréparable après l'avoir étreint contre son corps, sous le regard triste de ZOUC, et lui vole un tendre baiser.
Jusque là, nous pourrions croire qu'il s'agit d'un conte de fée mais c'est exactement l'inverse qui se produit. La jeune femme s'éteint pour redevenir marionnette à jamais.
- Quant au désir du marionnettiste d'être avec une femme, il s'envole pour toujours...

- Pour ZOUC, c'est la cassure, on lui enlève son enfant. Déprimée, elle quitte les lieux, emportant par la même occasion son pouvoir de donner vie.

Le marionnettiste garde sa marionnette et ainsi s'achève sa triste histoire...

"Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon ?"

Avec cette question devenue légendaire dans la carrière de Mylène, le public homosexuel s'identifie à l'icône et rejoint les autres fans. Plusieurs éléments dans le texte démontrent que notre divine rousse semble jouer sur la confusion des sexes. D'une part, le chevalier d'Eon n'est autre qu'un agent secret employé par le roi LOUIS XV. Cet agent avantagé par un physique efféminé, se transformera en femme pour mieux approcher et corrompre l'ennemi de son roi. D'autre part, la marionnette vêtue tel un garçon demande pourquoi elle n'est pas un garçon. Cela signifie que pour elle, avoir l'apparence d'un garçon ne suffit pas. Elle veut devenir garçon jusque dans la sexualité. On pourrait dire aussi que lorsque Mylène redevient poupée, cela peut dire aussi qu'elle refuse d'assumer la loi sociale qui veut qu'une fille aille avec un garçon.