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Analyse (par Marylise et Marie-Laure)
Phrases sibyllines, images ambiguës nimbées
d'un léger parfum de soufre, accueil controversé
et censuré... Je te rends ton amour n'a laissé
et ne laisse encore personne indifférent. Eveillant les
extrêmes, du rejet violent proche de la haine à
cet amour admiratif que nous lui portons (nous les fans), Mylène
a une nouvelle fois choqué la foule des biens-pensants.
Et que l'on soit croyant ou résolument athée, impossible
d'ignorer la vague iconoclaste qui secoue le clip, et qui offre
à des paroles troubles un éclairage d'une profondeur
particulière qu'il convient de savourer. Et d'interroger
?
Cette
fois, notre ange roux se fait ange aveugle, silhouette vacillante
émergeant d'un tunnel obscur et noyé d'un voile
de brume. Femme d'un autre temps, dans une longue robe rosée,
elle s'aventure dans une forêt irisée d'ombre et
de lumière. Et sous l'il maléfique d'un homme
vêtu de noir, elle se dirige en hésitant vers une
église ancienne, abandonnée au silence et aux ballets
de poussières virevoltantes. C'est dans cette abbaye délaissée,
dans un confessionnal ou les confidences ne sont plus recueillies
que par des statues muettes, que Mylène vient déposer
un fardeau devenu trop lourd pour elle. Les mains posées
à côté d'un missel ouvert dont elle a effleuré
les inscriptions en braille du bout des doigts, elle s'offre
sans le savoir, paumes ouvertes, au Malin qui l'a suivie jusque
dans le lieu sacré.
Avant de prendre la place du prêtre absent, l'homme caché
sous une longue cape sombre bafoue un à un les symboles
d'une foi ici trop longtemps oubliée. Il trouble d'une
main l'eau bénite qui s'abîme dans un soupir de
fumée. Il balaye d'un geste la flamme pure des cierges
qui veillaient sur le repos des êtres disparus. Il renverse
les chaises sur lesquelles plus aucun fidèle n'est venu
prier depuis bien longtemps. "Je te rends ton amour..."
laisse fuser Mylène dans un murmure triste, en déposant
avec douceur son anneau de communion sur son missel. Se doute-t-elle
qu'en rejetant Dieu elle s'abandonne au Diable ? A cet homme
silencieux qui la fixe de ses yeux rouges à travers les
grilles ouvragées du confessionnal où elle avait
trouvé refuge ?
C'est ce même confessionnal qui signera la fin de son innocence.
Tel Jésus sur sa croix, une perle pourpre naît sur
son poignet et glisse entre ses doigts. Suivie d'un autre stigmate,
d'une autre goutte de sang, symbole douloureux dessinant la courbe
d'une jambe nue. Mylène, les yeux grands ouverts sur une
nuit qu'elle ne peut combattre, tente les desseins du Diable
par son air fragile. L'apprivoisant de ses caresses, il la prend
dans son propre sang, mare visqueuse qui s'étale lentement
aux pieds du confessionnal. Mylène s'abandonne. Elle cesse
de lutter. Et la longue et inévitable chute d'une statue
sacrée dont le visage se brise sur le sol à l'instant
même où Mylène ferme les yeux, incarne sa
défaite.
Signe de sa foi brisée, le socle dénudé
où reposait la sculpture révèle dans un
souffle des inscriptions sataniques enfouies sous la pierre.
Demonas... "Je te rends ton amour..." répète
notre ange roux alors que la caméra survole l'église
dévastée pour s'immobiliser sur la statue de Jésus
crucifié. Puis sur Mylène, crucifiée à
son tour. Nue, couverte de son sang, elle s'offre aux caresses
du Malin. Elle est sienne, désormais. Il a profité
de son désarroi, et il est parti. L'eau bénite
s'est muée en une mare de sang. Seule, dans la position
du ftus, sa nudité entièrement maculée
de sang séché, Mylène a droit à une
nouvelle naissance.
Délivrée de sa foi, à jamais transformée
par un viol qu'il n'a pas su empêcher ("Tu m'as laissée
me compromettre..."), Mylène se baigne dans son sang.
Puis, le regard fixe et tourmenté, elle pose son alliance
dans la flaque pourpre, aveu définitif de la mort d'un
amour et d'une foi trop souvent trahis. Et, vêtue d'une
robe aussi noire que la cape de cet homme qui l'a attirée
vers le néant, elle quitte l'église. Eglise qui
restera à jamais le tombeau de son innocence. Et peut-être
aussi celui de nos illusions.
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