
Analyse (par Marylise et Marie-Laure)
Los Angeles... Quelques secondes seulement pour nous
plonger dans l'atmosphère moite et bruyante des nuits
de celle que l'on surnomme " La cité des Anges ".
Une voix, une langue étrangère crépitant
à travers une radio de police, l'éblouissement
furtif d'immenses panneaux publicitaires, le rugissement furieux
d'un moteur... en quelques flashs, Mylène vient de nous
transporter dans le tourbillon fou des heures sombres de la ville.
Le titre se dessine devant nos yeux grands ouverts : les lettres
sont pâles, comme déchirées, presque effacées,
symbole, peut-être, de la vie de Mylène dans ce
clip.
Les premières
paroles résonnent et semblent donner vie à Mylène
qui nous apparaît soudain, enveloppée d'une lumière
chaude.
Pour " California " elle reprend, non sans délice,
un rôle qu'elle affectionne particulièrement : la
voilà femme des rues, femme perdue. La voilà "
prostituée ". De luxe, évoluant dans la soie
et la lueur froide des diamants, mais aussi prostituée
des bas-fonds, arpentant les trottoirs et se vendant au plus
offrant. Nouveau parallélisme entre deux vies si éloignées
et pourtant si semblables...
La
violence s'immisce dès les premières images du
clip. Mylène s'accroche avec l'homme du monde dont elle
dépend et à qui elle est soumise : il cherche à
lui imposer une tenue, et à travers ce choix, à
s'imposer lui-même.
Mylène se révolte contre cette domination, la rejette
avec une brutalité teintée de haine. Mais le choix
est un mot étranger au monde dans lequel elle vit.
Prostituée et femme entretenue s'abandonnent à
leurs faiblesses, cèdent aux exigences de leurs proxénètes,
se vendent pour quelques secondes de plaisirs.
Et c'est là, au cur d'un acte sans amour, mosaïque
de gestes passionnés, que le parallélisme prend
tout son sens. Strass et argent ne sont qu'habiles apparences.
Quand le désir devient maître, le proxénète
et l'homme du monde révèlent le même goût
de la possession et de la domination. Et Mylène, alors,
n'est plus que soumission.
Puis
vient la confrontation, la rupture, la faille, celle qui prend
corps dans l'échange bref mais si intense d'un seul et
unique regard.
L'une contemple sa vie dans sa lumière la plus crue, à
travers cette prostituée égarée, campée
sur le trottoir d'une rue malfamée : elle se voit telle
qu'elle est vraiment et, par contraste, comprend ce qu'aurait
pu être sa vie.
L'autre est surtout frappée par cette femme belle et lointaine,
ce regard hanté et torturé si semblable au sien...
Cela n'a duré qu'une fraction de seconde dans une vie
qui, lentement, est en train de s'achever. Le proxénète
et l'homme du monde ne permettent pas à leur chose d'ouvrir
les yeux. La brillance et la menace d'une lame d'un côté,
une main arrêtant un geste de l'autre, suffisent à
briser ce lien ténu mais définitif qui s'est tissé
entre les deux femmes.
Impuissante, Mylène s'éloigne dans la luxueuse
voiture, alors même qu'en elle, intimement, se glisse la
conviction que ce sosie inattendu s'apprête à rendre
l'âme.
Sa conscience
la torture alors et ne tarde pas à la rattraper. Contemplant
son visage triste dans un miroir, Mylène voit sa vie,
la futilité de ce luxe et de cette domination contre laquelle
tout son être se rebelle. La décision qu'elle prend
soudain ne fait que puiser dans les racines de la haine et du
désenchantement profondément ancrés en elle.
Sur le trottoir, ce n'est plus une rouquine aux cheveux courts
et au regard fatigué, mais notre Mylène en veste
de tailleur et porte-jarretelles. Elle provoque le proxénète
et l'entraîne dans une joute amoureuse et fatale. Le regard
douloureux mais décidé, elle le poignarde sauvagement,
sans remords. Dans sa tête, des images de sa vie et de
celui dont elle se venge secrètement se mélangent
à celles de cette prostituée dont le corps sans
vie gît sur une civière.
C'est une partie d'elle qu'elle vient d'assassiner,
celle-là même qu'elle ne supportait plus, cette
femme soumise à un homme qui la meurtrissait et la tuait
à petit feu. Tout ça s'efface et disparaît
sous les coups hargneusement portés. Son ancienne vie
se déchire et se meurt dans la violence et le sang.
Mylène peut partir maintenant. Elle est libre enfin de
commencer une nouvelle vie. " Aéroport,
Aérogare, mais pour tout l'or m'en aller... " |





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