
Analyse
(par Marylise et Marie-Laure)
L'un
des plus beaux clips de notre ange roux commence par un cliché.
Pas au sens négatif, certes, mais un cliché quand
même. Lequel ? Si je vous évoque la majestueuse
muraille de Chine baignée des lueurs orangées de
l'aurore, ça ne réveille pas vos souvenirs ? Mais
comme tous les choix esthétiques de Mylène ou presque,
ce cliché est loin d'être innocent, puisqu'il fait
écho à l'image qui clôture le clip. Quelle
signification à ce parallélisme, allez-vous me
dire ? Eh bien, peut-être est-ce simplement une manière
de résumer l'histoire qui va nous être présenter.
De comparer la course du soleil au déroulement d'une vie.
L'aurore serait ainsi l'éveil des deux âmes que
sont les jumelles interprétées par Mylène
et le coucher du soleil, la fusion de ces âmes dans le
royaume de la mort.
Mais
ce n'est pas là le dernier symbole dont Mylène
est toujours si friande. Bien au contraire, l'Ame-Stram-Gram
regorge de symboles, tous au service du thème principale
du clip : la communion totale de deux âmes représentées
par les jumelles. Il y a des symboles très simples à
interpréter, comme le fait que Mylène joue le double
rôle de deux surs jumelles, ou encore le pouvoir
et la puissance magique qui naissent de l'union des fameuses
langues de serpents de ces deux surs. Et puis il y a l'idée
d'une réelle communion, totale, extraordinaire, qui passe
notamment par une litanie proche d'une incantation rituelle.
Par cet "Ame-Stram-Gram..." qui donne son nom et sa
profondeur à la chanson. Les jumelles le murmurent au
début, dans cette scène particulièrement
belle, rythmée par une musique douce, où elles
jouent, rient et s'enlacent au milieu d'un ballet de voiles aériens
aux couleurs pastelles. Cette litanie est également le
départ du refrain qui ponctue à chaque fois la
réunion des langues de serpent pour terrasser l'Ennemi.
La communion totale
se passe même de mots. D'un simple regard, Mylène
et son âme sur communiquent et se comprennent. L'importance
des regards magnétise ainsi tout le clip, lui offrant
une intensité troublante, instillée dès
la première scène. Cette compréhension silencieuse
est aussi à l'origine de l'un des plus bouleversants moments
du clip. Lorsque l'une des jumelles est enlevée et malmenée
par une troupe d'assaillants brutaux et cruels, on voit se former
sur ses lèvres son propre nom "Mylène".
Et ce cri est entendu par son âme sur, qui pourtant
est encore loin du lieu des tortures. Cet appel désespéré
entraîne ainsi un acte désespéré.
Lorsqu'il est entendu, l'autre jumelle, blessée pendant
l'enlèvement de sa sur, comprend qu'elle ne parviendra
pas à temps à rejoindre sa sur. Epuisée
et vacillante, elle lève son visage vers le ciel pâle,
ferme les yeux et se jette en arrière, dévalant
les marches de l'escalier qu'elle tentait difficilement de gravir.
Son âme s'élève doucement au-dessus du corps
désormais sans vie et va secourir sa sur, l'aidant
à venir à bout des brutes qui la détiennent.
A cette scène
agitée, pleine de violence et de douleurs silencieuses,
succède une scène plus paisible, presque magique.
Les âmes surs réunies entrelacent leurs doigts
et virevoltent dans le ciel pâle d'une aube qui s'achève.
Cette communion exceptionnelle est soudain brisée par
l'éblouissement d'un premier rayon de soleil. La mort
reprend ses droits, les deux surs son séparés.
L'une rejoint les cieux où elle se dissout, l'autre retombe
brutalement sur terre. Mais deux âmes surs ne sauraient
être séparées. Après avoir appelé
en vain sa jumelle, Mylène monte sur la muraille de Chine.
Au bord du précipice, elle ferme les yeux. Des sons flûtés
accompagnent les souvenirs doux-amers de jeux et de rires qui
semblent encore tellement proches. Le corps bascule. Mylène
se suicide. Pour rejoindre son double, elle se mue en colombe.
Elles s'éteindront
de la même façon, trouvant leur communion jusque
dans la mort. Vêtues de blanc, leurs mains se retrouvent
et s'agrippent. Elles sont cette fois unies dans l'infini de
la mort et de l'éternité. "En moi, en moi,
toi que j'aime...". |
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